La prose est une plainte et le poème un cri
Tout n’est finalement qu’une question de durée
Entre la douleur brutale et celle endurée
Ils n’ont de commun tous les deux que d’être écrits
L’espoir dans l’une affirme et l’autre s’écrie
Etre ou ne pas être sont toujours murmurés
Mais elle se tait quand il est défiguré
L’une est prisonnière quand l’autre est un proscrit
Les deux mains liées devant tant de pelotons
Les lèvres bâillonnées au mur des mousquetons
Et ces grands yeux ouverts refusant la défaite
J’entends l’ultime cri qui frappe les montagnes
Quand la douceur du soir tombe sur la campagne
On tue l’écrivain on assassine un poète
tiré du recueil Et Dieu pleura
• Vendredi, mai 20th, 2011
Quand je partirai je vous prie gardez ma chienne
Dites lui chaque jour que je suis encor là
Mais que je suis un peu absent et puis voilà
Surtout je vous prie ne lui faites pas de peine
S’il vous plaît aussi ne lui mettez pas de chaîne
Je voudrais qu’elle soit libre même après moi
Dans quelque temps elle ne vous gênera pas
Mais laissez lui croire qu’elle est toujours la mienne
Et je voudrais que mon fusil reste à sa place
Le temps qu’elle vivra le temps de contumace
Simplement qu’elle croie que je vais revenir
Et puisqu’il faudra bien qu’un jour fatal arrive
Couchez la dans le jardin de nos souvenirs
A jamais figée fidèle définitive
tiré du recueil Fracas
• Dimanche, février 20th, 2011
Si la vie m’était à refaire
Comme l’on veut tout simplement
Le ciel aussi bien que l’enfer
Le plaisir et puis le tourment
Vraiment mon Dieu la belle affaire
De revivre tous ces moments
Qu’on a vécu sait on comment
Si la vie m’était à refaire
J’éviterais ces errements
Refusant ce qu’on m’a offert
Et tout ce qu’on m’a laissé faire
Comme l’on veut tout simplement
Entre mon Dieu et Lucifer
J’hésiterais plus longuement
Et je prendrais le plus charmant
Le ciel aussi bien que l’enfer
Qu’on me punisse si je mens
Malgré tout ce que j’ai souffert
C’est avec toi que je préfère
Le plaisir et puis le tourment
tiré du recueil La vie s’en va
• Dimanche, février 20th, 2011
Obscures dérisions aux fleurs épanouies
Bouquets piétinés en mortelles illusions
Mots las échangés en commune dérision
Même l’ombre de l’amour s’est évanouie
Mirages dorés d’aveugle aux yeux éblouis
Soirs d’hiver qui tombent en sombre désillusion
Et quoique nous fassions et quoique nous disions
Notre jeunesse est en terre au fond enfouie
Retrouverais je un jour les jardins d’espérance
Ou bien le temps n’est il plus que l’indifférence
Quand les mains sont crispées sur le bâton noueux
Le ciel charrie ce soir des monceaux de gravats
Et les chemins d’antan sont creux noirs et boueux
Entends tu mon amie notre vie qui s’en va
tiré du recueil La vie s’en va
• Dimanche, février 20th, 2011
Oedipe aux yeux crevés
Guidé par Antigone
Au pied du polygone
S’arrête pour rêver
La femme retrouvée
Au corps d’une Gorgone
Comme simple épigone
Est enfin arrivée
Elle a les yeux d’Ismène
Qu’en un coupable hymen
Jocaste lui délivre
Au bord désespéré
Il ne voudrait plus vivre
Et ne peut plus pleurer
tiré du recueil La vie s’en va
• Dimanche, février 20th, 2011
Mon pauvre Eugène mais que reste t’il de toi
La Commune est morte avant d’avoir des enfants
Les pauvres sont toujours pauvres et les rois sont rois
L’Internationale n’est que chant d’éléphants
Qu’avons nous gardé de ton espoir de ta foi
Et du misérable qui devient triomphant
De l’opprimé battu que soudain l’on défend
Mon pauvre Eugène mais que reste t’il de toi
Po-Po poète ta voix n’est plus qu’olifant
Et le pouvoir appartient toujours aux bourgeois
Nos chants désespérés sont aussi maladroits
La Commune est morte avant d’avoir des enfants
Tu rêvais d’un monde nouveau et sans effroi
Où les relents gras ne seraient plus étouffants
Ce n’est plus qu’une ombre triste que tu pourfends
Les pauvres sont toujours pauvres et les rois sont rois
Un siècle s’est passé et tes petits-enfants
Ne gardent plus un seul souvenir d’autrefois
C’est l’étendard de la paresse qu’on déploie
L’Internationale n’est que chant d’éléphants
tiré du recueil La vie s’en va
• Dimanche, février 20th, 2011
Arbre déraciné effondré sur la butte
Pas pesants égarés au détour d’un chemin
De douleur tordues dans la pénombre les mains
Corps épuisés anéantis et qu’on culbute
Yeux fatigués par tant de combats tant de lutte
Epiderme tanné comme vieux parchemin
Regard abandonné sur un reste d’humain
Membres meurtris paralysés ou qu’on ampute
Oreilles battues en longues cacophonies
Langue mordue en un baiser de félonie
Cheveux rasés pour plaire à la foule qui gronde
Même les statues ont des faces de remords
Le monde est torturé la terre n’est plus ronde
La vie parfois ressemble bien trop à la mort
tiré du recueil La vie s’en va
• Dimanche, février 20th, 2011
Il ne demandait rien d’autre que la justice
Tout au long de son procès plaidant non coupable
Mais contre les loups on est toujours méprisable
Et quand on n’est qu’un noir on est toujours complice
Jamais plus Orphée ne cherchera Eurydice
Et Jeanne notre pucelle le Connétable
Non jamais plus Dieu ne jouera avec le diable
Il n’est pire que noir si ce n’est un métis
Je ne sais finalement s’ils avaient raison
Mais je sais qu’ils l’on laissé dix ans en prison
Sans bien comprendre qu’en dix ans un homme change
Aujourd’hui froidement ils l’ont assassiné
Le bruit des molles protestations me dérange
Je fais partie de ceux qui l’ont empoisonné
tiré du recueil La vie s’en va
• Dimanche, février 20th, 2011
Une pomme et quatre noisettes
Pointues et brunes
Deux ou trois prunes
Et quelques poires six ou sept
Que l’on effeuille pâquerettes
Bonne fortune
Au clair de lune
Avec un bouquet de violettes
Trois tomates autant de courgettes
Et peut être une
Noix de Béthune
Un melon et des castagnettes
Un merle une pie une alouette
Deux poissons lune
L’un comme l’une
Il faut trouver la devinette
Une luronne avec des couettes
Au creux des dunes
Sans crainte aucune
Jeune et facétieuse grisette
Faut il aussi une amourette
Qui pour chacune
Coûte cinq thunes
Une douzaine de galettes
tiré du recueil La vie s’en va
• Dimanche, février 20th, 2011
Il suffirait d’un mot
Pour que le ciel se change
Que chantent les Gémeaux
Et pleurent les archanges
Pour que les noirs émaux
Bleus verts ou bien oranges
Soient retirés du Gange
Il suffirait d’un mot
Que monte la louange
Que cessent tous nos maux
Il pleut sur le hameau
Pour que le ciel se change
Le cidre et le pommeau
De la même vendange
La bague à ta phalange
Que chantent les Gémeaux
Les mots sont bien étranges
Au pur comme au grimaud
Le froid pleure aux Rameaux
Et pleurent les archanges
tiré du recueil La vie s’en va